Interview de Gérard Pouzoulet de Village d’Entreprises de Beaugency : Transformer une friche industrielle en moteur économique local

Bonjour Gérard, pouvez-vous revenir sur votre parcours d’entrepreneur et expliquer à quel moment vous avez décidé de transformer l’ancienne usine Faurecia en Village d’Entreprises, et ce qui vous a convaincu que ce site pouvait redevenir un moteur économique pour Beaugency ?

Mon groupe était propriétaire d'une usine situé dans la commune voisine. Cette usine construite au gré des opportunités était composée de plusieurs bâtiments sur différents niveaux qui rendaient la gestion des flux peu rationnels et l'amélioration de la productivité difficile. L'acquisition du site de Faurecia fin 2007 avait initialement pour but de réimplanter cette usine dans de meilleures conditions. Hélas notre activité a été frappée de plein fouet par la crise de 2008 qui a immédiatement conduit à la contraction des nos ventes de plus de 35%. Dés lors notre priorité n'a plus été d'optimiser la production mais de réduire la voilure. Le projet de déménagement a donc été abandonné. Il s'agissait désormais de trouver au site une nouvelle destination.

Concrètement, quelles ont été les étapes les plus décisives et les plus complexes de la reconversion : du rachat du site industriel jusqu’à l’accueil des premières entreprises, et quels choix structurants ont fait la différence entre simple recyclage de bâtiment et véritable projet de revitalisation économique ?

Dans un 1er temps nous avons pu installer dans la partie entrepôt du site une activité logistique en partenariat avec une entreprise de vente par correspondance. Nous avons immédiatement entrepris le démontage et l'évacuation des cuves et installations résiduelles pour procéder à la dépollution des anciens ateliers de production. Après cette dépollution, nous sommes parvenus à louer différents bâtiments avec des aménagements sommaires à des prix très bas. En 2011, nous avons eu l'opportunité de refaire les toitures de la partie atelier en y installant des centrales solaires. Nous avons en parallèle refait les sols, les sanitaires etc... Nous avons pu disposer de nouvelles zones pour des projets de location.

Avec plus de 50 entreprises passées par le Village et une trentaine aujourd’hui installées, quels types d’activités se sont révélés les plus compatibles avec ce modèle de friche réhabilitée, et comment avez-vous ajusté la répartition entre entrepôts, ateliers, bureaux et showrooms pour répondre à la réalité du tissu économique local ?

Il n'y a pas eu de planification à priori entre les différentes zones. Elle résulte de la confrontation entre ce qui était disponible et ce que cherchaient les porteur de projet. Nous avons aménagé plusieurs lots en répondant au besoin de nos futurs locataires. Nous avons acquis l'expérience de ce que recherchaient les entrepreneurs dans la région et en avons tiré les conséquences en aménageant des lots en réponse à ces attentes. A chaque rotation de locataire, nous améliorons les locaux et les adaptons dans cet esprit.

Vous avez connu plus de 35 opérations d’acquisition-vente et 3 procédures collectives : en quoi cette expérience des hauts et des bas de la vie d’entreprise a-t-elle influencé la manière dont vous accompagnez les sociétés en création, en développement ou en transition au sein du Village d’Entreprises de Beaugency ?

Cette expérience est décisive parce que l'on accueille des porteurs de projet qui bien souvent n'ont pas la surface financière nécessaire pour devenir locataire d'une foncière détenue par des investisseurs. Je m'intéresse au projet et à l'entrepreneur. J'ai commencé ma vie professionnelle dans le capital risque et j'ai parfois l'impression de continuer à faire cela au sein du Village d'Entreprise de Beaugency. Cela signifie que lorsque c'est nécessaire l'on sait adapter les baux proposés à l'incertitude dans laquelle navigue tout entrepreneur. Et finalement nous avons très peu de sinistres.

Le Village d’Entreprises est présenté comme une alternative concrète à l’artificialisation des sols et bénéficie de financements européens : comment articulez-vous, au quotidien, logique économique (taux de remplissage, rentabilité, services aux entreprises) et logique de politique publique (recyclage foncier, dynamisation du territoire, usage des fonds européens) ?

Nous n'avons jamais touché 1€ de subvention ni de l'Europe ni d'ailleurs! Les politiques publiques en la matière ne sont que le recyclage d'impôts prélevés notamment sur les entreprises. Notre activité est privée, elle a comme finalité de répondre au besoin de nos client tout en dégageant une rentabilité.

À partir de votre retour d’expérience depuis 2007, quels sont selon vous les leviers indispensables pour que la reconversion d’une friche industrielle devienne un véritable pôle de services et d’emplois durables, et comment voyez-vous évoluer ce type de projets dans les prochaines années en Centre-Val de Loire et ailleurs ?

Nous attendons d'abord des pouvoirs publics qu'ils nous laissent agir dans le respect de l'intérêt de tous et qu'il mettent fin à l'inflation normative qui pénalise inutilement des initiatives comme la notre.

Pour conclure, quel message ou conseil aimeriez-vous adresser à un élu local, un entrepreneur ou un propriétaire de friche industrielle qui hésite encore à se lancer dans un projet de reconversion de ce type ?

Les élus locaux comprennent très bien les enjeux en la matière. Il est dans l'intérêt de tous de faciliter la revitalisation des friches industrielles plutôt de de procéder à de coûteux aménagement pour convertir des terres agricole. Ils se heurtent eux même aux injonctions contradictoires des réglementations et de la bureaucratie française qui anesthésie beaucoup d'initiatives.

Pour en savoir plus : https://www.village-entreprises-beaugency.fr

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